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dimanche 25 novembre 2012

Connexion


Encore un truc que je suis vraiment contente d’avoir fait avec mes étudiants : depuis qu’ils se préparent au niveau B2, nous écoutons tous les matins à huit heures les informations sur RFI (Radio France Internationale).

Cela leur permet de :
  • Se faire une idée de la situation géopolitique actuelle, afin de briller en société ;
  • Découvrir chaque jour ou presque un nouveau pays ;
  • Savoir ce qui se passe au Kivu, cette région de la RDC qu’on voit de l’autre côté du lac et qui se fait actuellement envahir par les rebelles du M23 ;
  • Connaître un peu mieux la France, ses beaux engagements (comme celui de reconnaître la coalition syrienne immédiatement) et ses côtés plus sordides ;
  • Apprendre à écouter un bulletin d’information en langue française, avantage conséquent

C’est vraiment chouette cette radio, et même si elle est très tournée vers l’Afrique de l’Ouest (ah, Françafrique, quand tu nous tiens), elle reste un lien solide avec le monde occidental pour ceux qui comme moi n’ont ni télévision ni internet au quotidien. De plus, certaines émissions culturelles se laissent bien écouter, comme par exemple l’émission « En sol majeur » qui parle de métissage, de mélange des cultures, d’Histoire et d’histoires tous les jours à 10h temps universel, soit pile pour ma pause de midi.

Autre lien important avec la culture française : l’Institut Français qui, malgré nos récents démêlés, m’aura été bien utile tout au long de cette année. Il propose, outre des cours de français, kirundi et kiswahili, une chouette médiathèque où j’empruntais deux romans par semaine à une époque où je me croyais en vacances, la seule vraie salle de concert de la ville et un petit restaurant appelé L’échiquier qui est l’un des rares à servir de la banane plantain en accompagnement de ses brochettes. Il est l’unique pôle culturel de la ville, on y trouve des expositions, du théâtre, pas mal de concerts, bref heureusement qu’il est là.

(J’en suis à mon cinquante-deuxième livre de l’année, sans compter ceux que j’ai lu pour mon mémoire. Je crois que j’ai un problème de dépendance.)

mardi 20 novembre 2012

Grrrrrr !!


Cette semaine, c’était la grande semaine pour mes étudiants. Après une intense période de préparation, ils s’apprêtaient à passer enfin le DELF, Diplôme d’Études en Langue Française qui justifierait officiellement de leur niveau. Ils le passaient dans les locaux de l’Institut français entre mardi et jeudi, la formation prenait fin vendredi et nous organisions une petite cérémonie de clôture officielle combinée avec une remise des diplômes juste avant mon départ. Le timing idéal.

Sauf que ce matin, à moins de 5 heures du début des épreuves, l’Institut, sur une décision de Paris, m’informe qu’on a dû annuler cette session d’examens pour cause d’irrégularité du matériel… On prévient non seulement les étudiants, abasourdis par la nouvelle, mais aussi tous les gens plus ou moins impliqués dans le processus, du directeur académique au chef d’état-major formation. Ce qui est acquis n’en est pas moins acquis, certes, mais je suis quand même un peu verte.

Quoi de tel pour finir un contrat qu’un beau bordel administratif ?

mercredi 6 juin 2012

Bourreau


En classe, pour illustrer une leçon sur le thème « Imaginer un passé différent », nous écoutons Né en 17 à Leidenstadt de Jean-Jacques Goldman. Au moment de décrypter un peu les paroles, un étudiant me demande ce que signifie le mot « bourreau ». J'explique alors qu'il s'agit de quelqu'un qui a tué beaucoup de gens. Ni une ni deux, il me répond en désignant son voisin d'un geste de la main :

« Alors P. c'est un bourreau ! »

Gloups.

samedi 31 mars 2012

Alter Ego

Que de mouvement à l'école : les quatre étudiants burundais qui étaient « trop bons » en français pour suivre mon cours nous ont quitté la semaine dernière. Ils ont été remplacés par quatre autres qui sont pour le coup de vrais débutants : Berchimas, Masudi, Zacharie et Ettien. Ou peut-être Étienne. Je ne suis pas sûre de la manière dont on écrit son prénom, d'ailleurs lui non plus. Il est parfaitement analphabète et devrait donc quitter ma classe rapidement pour aller, au mieux, rejoindre une école d'alphabétisation, ou plus probablement retourner dans son unité et faire semblant de rien.

Mes nouveaux étudiants burundais ne sont pas allés plus loin que l'école primaire, ils ont en moyenne 30 ans, rapide calcul : ca fait bientôt 20 ans qu'ils n'ont pas mis les pieds dans une école et les mains sur un stylo. C'est aussi difficile pour eux que pour moi. Besoin de discipline, absence totale de créativité, facultés intellectuelles assez limitées pour certains... Pas question de trouver la règle à partir des exemples. Toutes les belles méthodes que j'ai apprises en cours sont – pour le moment – inapplicables. C'est le retour à la méthodologie traditionnelle, ou presque. Pas évident, mais ils ont le mérite d'essayer sans renoncer et d'être toujours gentils.

J'ai également récupéré deux élèves ougandais, Stéphane et Robert, qui sont pour l'instant les seuls à venir de l'EAC, contre les huit prévus initialement qui arriveront peut-être un jour. Ils parlent déjà un peu le français et constituent donc un niveau avancé, mais moins que ceux d'avant. On m'a également trouvé un assistant fort sympathique, Édouard, qui s'est bien vite rendu compte qu'il jouerait le rôle d'un second professeur. Il s'est occupé cette semaine du niveau avancé pendant que je faisais cours aux débutants. La semaine prochaine, j'ai besoin d'un peu d'air frais et j'irai retrouver mes deux étudiants ougandais qui ont toujours la pêche. Ça sert à ça, le travail d'équipe !

jeudi 22 mars 2012

Cartes

L'autre jour, constatant de grosses lacunes en géographie, je décide d'embarquer une vieille carte du monde qui traînait à la maison pour la montrer à mes élèves. On l'a posée sur une table et les deux débutants l'ont longuement observée. Je pense qu'ils n'en avaient jamais vues de si près. L'exercice consistait à dire sur quel continent se trouvaient plusieurs pays dont ils n'avaient, a priori, jamais entendu parler. Alors ils ont cherché l'un après l'autre, je les guidais un peu et je regardais leurs doigts se déplacer de pays en pays. Ils ont pu comparer la taille de leur pays à celle de la Russie, ou même de la Tanzanie voisine dont ils ne connaissent presque rien. À la fin de l'exercice, on retourne à nos manuels, et dès la pause les revoilà au dessus de la carte pour continuer leur exploration. Un moment particulièrement émouvant...

samedi 17 mars 2012

Alive and Teaching

(Désolée pour les messages qui se font attendre. J'ai Internet de loin en loin et peu de temps pour écrire. Je tente d'y remédier. Quinze jours déjà...)


Voilà donc quelques jours que mes premiers élèves sont arrivés à Bujumbura. Ils sont pour l'instant au nombre de six, tous très gentils mais avec d'énormes différences dans leurs compétences en langue française, ce qui ne me facilite pas la tâche. Ils s'appellent Pierre-Claver, Ferdinand, Philippe, Jean-Pierre, Richard et Ernest, ils ont la trentaine et, pour la plupart, des enfants dont je vous épargne les prénoms... Bon, je vous dis juste mon préféré. Jospin Brown.

Bref, je m'éloigne. Tous les matins je me lève à 6h15 (Oui madame !), Appolinaire passe me chercher et j'arrive à l'école vers 7h30, l'heure du salut au drapeau. Si tout se passe bien, le cours commence une poignée de minutes plus tard. Dans la pratique, je commence vers 8h.

Après une évaluation initiale de leur niveau, j'ai réparti les élèves en deux groupes : un groupe de deux vrais débutants et un groupe de niveau intermédiaire à avancé. Pendant quatre heures, je jongle entre les deux, je donne des exercices aux uns pour passer du temps avec les autres, et ainsi de suite. Je négocie actuellement pour dégager les niveaux plus avancés et les prendre seulement de temps en temps afin de me consacrer aux débutants.

J'attends encore des élèves des pays voisins mais vu l'inorganisation ambiante, personne ne sait quand ils arriveront, ni même qui ils sont. Les personnes qui s'occupent de la scolarité sont agréables, prêtes à coopérer mais il semble juste qu'elles aient oublié de préparer mon arrivée. La salle de classe a bien été repeinte mais personne n'a songé à acheter de cahiers. Chaque jour apporte donc son lot de nouvelles frustrations... bien vite estompées par le sentiment d'avoir réussi sa matinée de cours.