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dimanche 25 novembre 2012

Connexion


Encore un truc que je suis vraiment contente d’avoir fait avec mes étudiants : depuis qu’ils se préparent au niveau B2, nous écoutons tous les matins à huit heures les informations sur RFI (Radio France Internationale).

Cela leur permet de :
  • Se faire une idée de la situation géopolitique actuelle, afin de briller en société ;
  • Découvrir chaque jour ou presque un nouveau pays ;
  • Savoir ce qui se passe au Kivu, cette région de la RDC qu’on voit de l’autre côté du lac et qui se fait actuellement envahir par les rebelles du M23 ;
  • Connaître un peu mieux la France, ses beaux engagements (comme celui de reconnaître la coalition syrienne immédiatement) et ses côtés plus sordides ;
  • Apprendre à écouter un bulletin d’information en langue française, avantage conséquent

C’est vraiment chouette cette radio, et même si elle est très tournée vers l’Afrique de l’Ouest (ah, Françafrique, quand tu nous tiens), elle reste un lien solide avec le monde occidental pour ceux qui comme moi n’ont ni télévision ni internet au quotidien. De plus, certaines émissions culturelles se laissent bien écouter, comme par exemple l’émission « En sol majeur » qui parle de métissage, de mélange des cultures, d’Histoire et d’histoires tous les jours à 10h temps universel, soit pile pour ma pause de midi.

Autre lien important avec la culture française : l’Institut Français qui, malgré nos récents démêlés, m’aura été bien utile tout au long de cette année. Il propose, outre des cours de français, kirundi et kiswahili, une chouette médiathèque où j’empruntais deux romans par semaine à une époque où je me croyais en vacances, la seule vraie salle de concert de la ville et un petit restaurant appelé L’échiquier qui est l’un des rares à servir de la banane plantain en accompagnement de ses brochettes. Il est l’unique pôle culturel de la ville, on y trouve des expositions, du théâtre, pas mal de concerts, bref heureusement qu’il est là.

(J’en suis à mon cinquante-deuxième livre de l’année, sans compter ceux que j’ai lu pour mon mémoire. Je crois que j’ai un problème de dépendance.)

jeudi 22 novembre 2012

Article 15


Ici, la règle numéro un, c’est « débrouille-toi », plus souvent nommée article 15. Si certains Burundais semblent dénués de tout sens pratique quand il s’agit de faire manger leurs gosses, d’autres ont plein de bonnes idées pour arrondir leurs fins de mois. Par exemple notre gardien Philbert, que nous payons 35€ par mois, soit le double du salaire d’un gardien ordinaire, et qui est pourvu d’une femme qui tient une petite boutique dans laquelle elle vend des arachides (ici, le mot « cacahuète » n’a pas réussi à percer) et de deux filles en bas-âge, qui représentent 0,2% du nombre d’enfants que Philbert voudrait. Afin de mettre des haricots dans la pâte de manioc, Philbert s’est décidé à élever deux cochons qu’il revendra à bon prix dès qu’ils auront grossi. Mais pour acheter les deux pourceaux, il lui a fallu un crédit initial qu’il nous a demandé de la sorte. (La lettre commence à dater mais il fallait que je la partage avec vous.)


Le 19/04/2012
N. Philbert
Commune : Musaga
Quartier : Kamesa

A mes employeurs
Objet : Demande du crédit

Excellences employeurs, j’ai l’honneur de solliciter au près de votre bienveillance un crédit de soixante milles francs burundais (60.000 Fbu) car j’ai un projet que je voudrai mettre en œuvre une fois que j’aurai reçu ces moyens que je vous demande.
Faite, je vous prie de m’accorder cette action de bienveillance. A ma part, j’approuve de vous rembourser cette somme dans ces deux mois qui vont suivre celui-ci d’Avril, c’est-à-dire celui de Mai et celui de Juin (dans les deux tranches).
Je vous remercie d’avance pour votre bonne considération de mes demandes les plus cordiaux.

Votre employé N. Philbert


Voyez un peu le style horriblement ampoulé que prennent les écrivains publics (encore que pour Philbert, nous n’excluons pas la possibilité qu’il l’ait écrite lui-même) quand il s’agit de rédiger des lettres un tant soit peu officielles. Nous avons ainsi accordé un autre prêt à Philbert et un à Aimé pour que chacun puisse s’acheter un vélo et rallier plus rapidement notre maison et leur village, Kamesa, à 7km d’ici. (Nous avons d’ailleurs rencontré les deux cochons de Philbert quand nous sommes allés lui rendre visite chez lui, un blanc et un noir, si c’est pas lutter contre le racisme ça !) De même, lorsque les tôles du toit de la maison de Juvénal, notre ancien gardien, se sont écroulées, il nous a écrit une lettre du genre, qui commençait par « J’ai l’honneur de m’adresser auprès de votre haute autorité pour solliciter un crédit… ». Toujours très drôle à la lecture.

L’autre jour en revanche, mes étudiants de l’après-midi m’ont demandé de leur apprendre à écrire des lettres. J’ai été contrainte de leur expliquer que je serais bien incapable d’écrire une lettre officielle au Burundi…

vendredi 2 novembre 2012

Miam


Parlons bien, parlons bouffe : quelques indications sur ce qu'on mange ici.

Première option : vous êtes Burundais. Vous mangez de la pâte de manioc (manioc séché, broyé en farine qui sera cuite avec de l'eau), des haricots, du riz (mais vous savez le faire cuire de manière à ce qu'il ne colle pas) et quelques légumes. À l'occasion, vous vous rendez au cabaret pour manger une brochette de chèvre avec des frites de bananes, le tout arrosé d'une Primus, la bière locale la moins chère. Vous êtes largement mal-nourri et ne mangez que rarement trois fois par jour.

Deuxième option : vous êtes expat et vous avez des standards sur lesquels il vous est difficile de revenir. En fonction de votre budget :
  1. Vous allez faire vos courses au marché, vous négociez trois heures mais obtenez tout de même un tarif muzungu, vous cuisinez le tout chez vous. Pour les produits frais, vous les achetez au jour le jour dans la seule boucherie qui ne rend pas malade ou dans les poissonneries financées par la coopération des Pays de la Loire.
  2. Vous employez un cuisinier qui fait aussi les courses et vous mangez de très bons petits plats, les pieds sous la table.
  3. Vous mangez à l'extérieur, dans les hôtels et les restaurants. C'est cher, mais c'est bon.

Troisième option : vous êtes moi.

Pour le petit-déjeuner, vous vous fournissez en pain (jamais frais), confiture de fraise, fruits divers et thé burundais à l'alimentation voisine. Les matins où l'électricité est aux abonnés absents, vous vous contentez d'un verre d'eau du robinet qu'on peut boire sans tomber malade, surprise ! Le week-end, vous vous jetez sur quelques beignets achetés 100 Fbu dans la rue, à moins que vous n'ayez passé commande auprès de votre ami John qui travaille à la boulangerie française et vous rapporte en débauchant croissants et pain au choc à prix avantageux.

Pour le déjeuner, vous mangez à la maison, une salade de crudités ou un guacamole suivi d'une salade de fruits. En effet, depuis que la bouteille de gaz est vide, vous n'avez pas voulu en racheter et préférez consommer crus les produits frais tout droit venus du marché. Mais puisque vous détestez faire les courses, vous envoyez votre gardien Philbert les faire pour vous. Il n'a pas besoin de négocier le tarif muzungu mais vous vole tout de même la différence si ce n'est plus. Vous risquez carrément de choper une amibe et d'être malade toute votre vie durant, mais tant pis, les avocats sont tendres et vous n'avez jamais mangé d'aussi bons maracuja (aka fruits de la passion).

Pour le dîner, vous avez globalement la flemme de cuisiner quoi que ce soit et vous sortez manger dans un endroit proche de chez vous :
  • le Shanghai et ses excellents beignets de légumes à la sauce aigre douce avec un riz blanc qui ne colle pas arrosé de sauce soja, et mille autres recettes chinoises succulentes
  • la Scala, un joli cadre, toujours du football à regarder ce qui lui donne selon les garçons un avantage certain sur ses concurrents les soirs de match, de la bière pression et de la nourriture classique, surtout des snacks
  • le Barnacle, décoré avec des voiles, des palmes, etc. Un propriétaire très sympa, un bruit de groupe électrogène assourdissant qui fait qu'on n'y va que les soirs où le quartier a l'électricité, une carte semblable à celle de la Scala avec en plus de bonnes brochettes, des pizzas et des « super lasagnes bolognaise »
  • le Relax, un peu plus cher mais le lundi soir, vous pouvez y voir un rasta en santiags reprendre à la guitare des chansons de Céline Dion, et ça, ça vaut tout l'or du monde.
  • Le Ku muyange, un cabaret où vous mangez des brochettes de bœuf (vous refusez de manger de la chèvre depuis que vous en avez une dans votre jardin) avec des frites ou des bananes bouillies, pas cher, pas trop mauvais, mais plein de voleurs.

Faites le bon choix. Hormis le chinois, le temps d'attente moyen dans n'importe lequel de ces restaurants ou cabarets est de 45 minutes, le temps de boire vos 72cl de Primus.

mercredi 31 octobre 2012

Évidences


J'essaye depuis peu de faire la liste des choses que je voudrais raconter à mon retour pour surprendre, amuser et intéresser mon auditoire quand on me posera la fatidique question :

« Alors, c'est comment le Burundi ? »

Je commence d'ores et déjà pour mes fidèles lecteurs qui n'auront peut-être pas l'occasion de me voir pour satisfaire leur curiosité. Quelques évidences invisibles que je ne remarque même plus, à force, mais qui donnent une idée du pays.

La première chose qui vous frappe en quittant l'aéroport : une foule marche en permanence sur le bord de la route, et ce jusqu'au centre ville. Idem si vous continuez sur les axes principaux qui rejoignent les quartiers populaires. Seuls les quartiers résidentiels comme le mien semblent épargnés par ce défilé digne d'un premier jour de soldes sur les Champs Élysées. Certains Burundais choisissent le vélo, d'autres prennent le bus qui coûte, depuis la récente augmentation 330 Fbu (soit presque 20 centimes d'euro !), rares sont ceux qui possèdent une voiture, donc la majorité va à pied. Qu'il pleuve où que le soleil brûle, qu'ils aient 500 mètres ou 10 kilomètres à faire, peu importe, ils marchent toute la journée.

Une fois en centre-ville, les policiers vous sautent aux yeux. Ou plus précisément la grosse kalachnikov qu'ils tiennent entre les mains, le doigt sur la détente. Vous croiserez parfois des flics armés saouls comme des barriques... Ne pas paniquer. C'est, pour eux, le seul moyen d'asseoir leur pouvoir sur le reste de la population, qui n'a que peu de respect pour ces personnes généralement corrompues (car sous-payées par le gouvernement, rendons à César ce qui est à César). Une kalachnikov est un bon argument. Travaillant avec les militaires, je me suis habituée à ce contact quotidien aux armes : certains de mes étudiants ainsi que mon collègue Édouard viennent en cours le pistolet à la ceinture. Vous pourrez aussi prendre le bus à côté d'un militaire qui tient son arme sur ses genoux. Priez.

Une autre présence un peu plus dérangeante : celle de la mort. La plus visible est celle causée par les accidents de la route (bah oui, vu le nombre de piétons, statistiquement, ils sont bien plus nombreux à se faire renverser). Plutôt choquante, la première fois que vous apercevez un corps étendu à côté d'une belle flaque de sang et des gens en pleurs à côté d'un bus arrêté au milieu de la route. Toujours aussi choquantes, la deuxième fois et les suivantes. Les autres causes de mort telles que la malaria ou toute maladie mal soignées font également des ravages: Les week-ends des Burundais sont, quand il ne s'agit pas de mariage, souvent consacrés aux cérémonies de levée de deuil...

Finalement, un fait un peu plus plaisant : pour tous ceux qui auraient vu une ville africaine comme Nairobi ou Kinshasa, sachez que Bujumbura a l'air bien propre en comparaison. Des employé(e)s du gouvernement ainsi que les travaux communautaires du samedi matin permettent d'éliminer les déchets et la végétation sauvage, laissant la ville extrêmement propre. Chacun brûle ses déchets dans son jardin, bien que je ne sois pas convaincue du bien fondé écologique de cette situation. On n'est pas encore arrivés au stade de propreté de Kigali mais on s'en approche. Reste à enseigner à la population locale que non, les choses jetables ne sont pas jetables dans la rue, et là il y a du boulot...

mercredi 26 septembre 2012

Le grand Quoi


Ma dernière lecture : Le grand Quoi, l'histoire de Valentino Achak Deng, enfant perdu, romancée par Dave Eggers. Un livre qui m'a beaucoup plu et m'a renseignée sur la guerre civile au Soudan dont je ne connaissais presque rien. Le but n'est pas de vous faire ici une critique littéraire mais de vous en citer un passage qui m'a à la fois intéressé et fait rire, la première fois où Achak, enfant, croise un homme blanc.

« Quand l'intérêt qu'il suscitait est devenu plus raisonnable, je me suis approché de cet homme pour le regarder de plus près. Une peau incroyable. Certains jours blanche comme de la craie, d'autres rose comme un cochon où le ventre d'une chèvre. Ses bras et ses jambes étaient couverts de touffes de poils noirs, toujours comme ceux d'un cochon, mais en plus longs.

L'homme transpirait plus que n'importe qui et passait l'essentiel de sa journée à s'éponger le visage. J'étais navré pour lui, à cause de ses suées et parce qu'il avait beaucoup de points communs avec le cochon. Inapte à la chaleur de Pinyudo. […]

Je suis passé voir Ajulo et je l'ai interrogée sur l'homme blanc, dont elle avait aussi entendu parler. Je lui ai demandé si sa présence était une bonne chose et ce qu'elle pouvait signifier. Elle a réfléchi un moment.

"Fils, le khawaja est digne d'intérêt. Il est très intelligent et a dans la tête des trucs que tu ne soupçonnes pas. Il parle plein de langues, connaît le nom des villes et des villages, sait piloter les avions et conduire les voitures. Les hommes blancs possèdent ça dès la naissance.[...]"

J'ai posé la même question au prêtre après la messe.

"C'est une très bonne chose qu'il soit là, Achak, me répondit-il. Vois-tu, l'homme blanc est un descendant direct d'Adam et Ève. Tu as vu des représentations de Jésus dans les livres ? Adam, Ève, Jésus et Dieu ont tous une peau comme celle-là, fragile et qui brûle au soleil. C'est parce qu'ils sont plus proches du statut des anges qui, s'ils étaient sur terre, brûleraient aussi comme ça. Cet homme est là pour répandre la parole de Dieu.»

Ceci expliquerait donc cela.

jeudi 6 septembre 2012

Artisanat masaï

Et pour mettre un point final à cette série d'articles sur Zanzibar, une dernière photo des emplettes que j'y ai faites.


Les trois bracelets, je les ai achetés à un Masai. Ils étaient nombreux à Zanzibar, vêtus d'un grand drap rouge, portant tous des bijoux traditionnels, souvent faits de perles. Par leur apparence, ils semblaient décalés mais certains étaient à la pointe de la technologie avec leur portable mp3...

Nous repoussions régulièrement leurs tentatives de nous refourguer leur bijoux mais un matin au petit-déjeuner, ils ont pris le temps de tout déballer et nous sommes allées jeter un oeil à leur artisanat, qui s'est révélé très joli. Le bracelet du milieu est fait avec des grains de café, celui de gauche est tout en bois. En chinant un peu plus tard dans les rues de Stone Town, j'ai trouvé les boucles d'oreilles assorties ainsi qu'une autre paire de mignons petits animaux.

dimanche 2 septembre 2012

Boutre


Depuis que mes amis sont revenus de Zanzibar, fin mars, tout Buja connaît ce nouveau concept fantastique : la boutre. La boutre, c'est à la fois tout et rien. La boutre a une page facebook que vous pouvez liker. La boutre est la réponse à toutes les questions obscures. Si vous n'êtes pas content, on vous enverra vous faire boutre. La boutre se range dans la classe 14 de la grammaire kirundi. Bref, ce concept n'en finit plus de révolutionner le quotidien morne et terne de ses adeptes.

Le boutre, au masculin, c'est ce bateau qui flotte sur l'océan indien. J'ai pu en admirer environ un milliard pendant les vacances, j'ai même eu la chance de faire un tour de boutre avant d'aller observer les poissons au dessus d'un récif avec un masque et un tuba. Un moment exceptionnel.

Jeune homme exhibant fièrement son boutre miniature.

mardi 31 juillet 2012

In dependence


Événement mémorable de cette année : le Burundi a fêté les cinquante ans de son indépendance, le 1 juillet dernier. Habitant tout près du lieu des hostilités cérémonies, nous avons eu le plaisir d'entendre les répétitions chaque jour pendant deux bonnes semaines. (Sans compter les deux semaines précédentes, passées à enseigner dans le bruit des bottes permanent à l'école). Du coup, lors du week-end fatidique, nous avons fui lâchement vers une ville de l'intérieur du pays, Gitega, pour avoir un peu la paix, car nous sentions le chaos arriver. Le lundi, jour officiel de l'anniversaire, nous avons allumé la télé quelques minutes pour regarder à quoi ressemblait le défilé. Nous avions déjà vu passer des parachutistes dans les airs, des chars d'assaut sur les boulevards de la ville, et tous les matins, des centaines de militaires armés au bout de notre rue, nous attendions donc du grand spectacle. L'événement étant boycotté par une bonne partie des médias, pour des raisons obscures de liberté de la presse, il nous a fallu regarder la RTNB, la chaîne nationale, que nous n'avons pas supportée très longtemps. De retour à Buja dans l'après-midi, nous avons eu le plaisir de faire quinze fois le tour de la ville en évitant les militaires pour accéder jusqu'à la maison, en plein centre. Nous avons évité la fin du défilé et le départ des délégations du monde entier en effectuant un repli stratégique vers la plage. Le soir, le président qui nous faisait miroiter un jour de congé supplémentaire le mardi pour se reposer du jour férié du lundi a finalement laissé tomber cette riche idée au dernier moment. De dépit, nous sommes allés boire une bière.

Bref, bon anniversaire le Burundi...

(Pour redorer un peu le tableau, certains de mes amis restés à Buja ont quand même raconté qu'ils y sont allés et qu'ils ont bien aimé, surtout le moment où le parachutiste s'est cassé la gueule.)

dimanche 10 juin 2012

L'indicateur Dame Blanche


Aroma Café – Carte des desserts 

Coupes glacées

Glaces artisanales du Burundi - parfums : vanille,
chocolat, banane, fraise, ananas, mangue, papaye...

Une boule au choix .................................... 1.000
Deux boules au choix ................................. 2.000
Trois boules au choix ................................. 3.000

Dame blanche …........................................ 5.300
(deux boules vanille, chocolat liquide, chantilly)

Dame noire ...…......................................... 5.300
(deux boules chocolat, chocolat liquide, chantilly)

Coupe fruitée …........................................ 5.500
(deux boules vanille, fruits frais)

Coupe blah blah ........................................ 5.700
(ingrédient, ingrédient, etc.)

Supplément chocolat liquide ….................1.000

Supplément chantilly …...............................800

(NB : Les prix affichés sont en francs burundais, 1€ = 1.800 Fbu)


Un rapide calcul nous permit de déceler la faille : une coupe Dame Blanche revient à 5.300 Fbu alors que si l'on commande tous les ingrédients séparément, cela nous revient à 2000 + 1000 + 800, soit 4.800 Fbu. Afin de nous assurer qu'il s'agit bien d'une arnaque pure et simple et non d'une différence dans la quantité, nous passons subtilement la commande...

Natsumi : Alors moi je vais prendre une Dame Blanche.
Sarah : Pour moi une coupe deux boules, vanille et banane, avec suppléments chocolat et chantilly.
Alexis : Et pour moi la même chose mais avec deux boules vanille.

Arrive le serveur quelques instants plus tard. Consciencieusement, il a dans sa main droite un plateau avec ma coupe et la Dame blanche, dans l'autre la coupe d'Alexis avec les deux boules vanilles. Soit exactement la même coupe, la même taille, pas de copeaux de chocolat ou de parasol en papier pour Natsumi, nada. On renvoie le serveur en cuisine pour qu'il rajoute tout de même un peu de chocolat dans la coupe de Natsumi. Grand seigneur, il en remet à tout le monde, idem pour la chantilly. Nous savourons donc notre dessert, amusés par la logique commerciale burundaise. Arrive la facture, la Dame blanche est là, les deux fois deux boules et le chocolat aussi, la chantilly n'a d'ailleurs même pas été comptée, soit une économie totale de 1.300 Fbu.

Nous venons de créer l'indicateur Dame Blanche.

**

Une aventure similaire est arrivée à des amis il y a quelques temps. Ils cherchaient alors à acheter une tome de Goma, ce qui se rapproche le plus du fromage de par chez nous.

Nico : C'est combien la tome ?
Vendeur : C'est 10.000.
Nico : C'est beaucoup. Et un petit morceau ?
Vendeur : 1.000 francs les 100 grammes.
Nico, pas fou : Pesez la donc pour voir. Ah tiens, 900 grammes. Bon, vous nous faites la tome à 9.000 dans ce cas ?
Vendeur : Ah non non, la tome c'est 10.000 !

Passés les rires et les protestations, Nico à eu gain de cause en proposant simplement de couper la tome en neuf et d'acheter tous les morceaux.

Vendeur : Vous êtes malins...

**

Tout ça pour dire que les Barundi n'ont pas la fibre commerciale d'avance, mais dès qu'il s'agit de faire du commerce à l'européenne, on croit rêver... L'exemple me revient d'une serveuse qui avait complètement foiré notre table (deux heures d'attente, accompagnements qui ne correspondent pas aux plats, huit plats servis sur neuf, problèmes de facture) et qui refusait d'offrir son Fanta citron à la personne qui n'avait pas été servie. Ici on préfère perdre neuf clients plutôt que 700 francs.

dimanche 20 mai 2012

L'autre sujet qui fâche aussi


« Alors Sarah, tu rentres chez toi en novembre, c'est ça ?
- Oui, oui absolument, fin novembre.
- Et après, qu'est-ce que tu vas faire ?
- Euh, revoir mes amis, passer Noël en famille pour commencer, et puis l'année prochaine, j'improviserai.
- Tu pourrais te marier...
- C'est à dire que... j'ai pas l'intention de me marier non.
- Mais, tu as quel âge ?
- Vingt et un.
- C'est l'âge de se marier ! Pourquoi tu ne veux pas te marier ? Tu ne veux pas avoir d'enfants ?
- Ah si si ! J'en ai bien l'intention, mais pas avant d'avoir 25 ans, en tout cas.
- Ah ! Alors tu vas te marier plus tard ?
- Non, non, je viens de vous dire que je voulais pas...
- Mais tu ne vas pas avoir d'enfant hors mariage quand même ?
- Ben, si. C'est l'idée.
- Mais alors le père des enfants, il pourra aller voir d'autres femmes, et toi d'autres hommes ? Et il pourra te quitter n'importe quand ? Ce ne sera pas une vraie famille.
- Et les hommes burundais, tu crois que le mariage les rend fidèles ? Tu sais, le mariage, de nos jours...
- Au Burundi c'est punissable par la loi ! D'avoir des enfants hors mariage.
- J'ai entendu oui. En France, c'est assez commun par contre.
- Pfffff. »

Ceci est une conséquence directe de l'omniprésence de la religion dans la société burundaise. Une jeune fille de mon âge ne peut avoir d'autre préoccupation que celle de se trouver un mari. Je ne compte pas les personnes qui m'ont proposé de me présenter à leur fils, neveu ou autre. En général, je décline poliment sans m'épandre sur le sujet, mais avec les personnes plus proches, j'ai pu aborder le sujet plusieurs fois, notamment avec mon assistant, marié et père d'un enfant et un en préparation. Édouard commence à comprendre mon point de vue, d'autant plus qu'il a récemment fait un cours sur les familles recomposées et le statut du mariage en France. Les chiffres ont pu lui prouver que j'étais loin d'être la seule à penser que « vivre dans le péché » était la meilleure option.

C'est absolument inconcevable au Burundi. La femme burundaise se range nécessairement dans l'une de ces trois catégories à l'état civil :
  • inkumi, la petite fille, la vierge. Terme infantilisant s'il en est.
  • umugore, la femme mariée, bientôt mama. Ici, les femmes ont encore de nombreux enfants pour les raisons que l'on connaît (ignorance ou refus de la contraception, mortalité infantile élevée, etc.) mais la première raison, c'est qu'on accède à un réel statut social seulement si on porte des enfants. La femme qui n'est pas mère n'a simplement pas sa place dans la société burundaise.
  • umupfakazi, la veuve, qui selon son âge peut prétendre à un éventuel remariage.
Ici, je n'ai jamais rencontré la moindre femme divorcée, le sujet est tabou, et s'il existe un verbe, on note l'absence de mot pour désigner la « divorcée »...

jeudi 10 mai 2012

Le sujet qui fâche

L'une des choses les plus difficiles à accepter pour les Burundais de la part des Bazungu, c'est notre position vis à vis de la religion. Rares sont les Bazungu qui croient en Dieu, encore moins nombreux sont ceux qui se réclament de la religion catholique. Et les Burundais ne peuvent simplement pas le comprendre : c'est un peuple extrêmement croyant et pratiquant, nous entendons le bruit des églises presque tous les jours.

En général, j'évite les polémiques mais mon coloc Michael ne supporte pas les réponses des Burundais et leur tient tête. Récemment, notre gardien nous demandait pourquoi nous avions donné un nom signifiant Dieu à notre chèvre. Blasphème. Il nous a dit qu'on irait en enfer. Nous lui avons répondu qu'on ne croyait pas à l'enfer. Il n'y avait jamais pensé...

Lauréline, mon ancienne coloc, nous racontait qu'elle avait eu un jour la mauvaise idée de dire à un prêtre qu'elle était athée. Il l'a emmenée dans son église pour une messe de six heures, en kirundi et kiswahili. C'était déjà proche de l'enfer, jusqu'à ce qu'il dise à ses fidèles : vous voyez la Muzungu là-bas, elle ne croit pas en Dieu. Alors, tous se sont levés et sont allés lui toucher l'épaule en lui répétant : tu iras en enfer. Le pire moment de son séjour au Burundi.

Une dernière anecdote, relevée dans un spectacle que nous étions allés voir au début de mon séjour ici. L'acteur sur scène rapportait une conversation avec son père, au cours de laquelle il demandait pourquoi les Rwandais avaient adopté des prénoms européens alors qu'ils détestaient les Bazungu qui les avaient colonisés et avaient laissé le pays à feu et à sang. Le père répondit alors : "Mon fils, il ne faut pas faire l'amalgame entre la colonisation, que nous combattons, et la christianisation, que nous défendons !"

lundi 30 avril 2012

Dialogues avec Juvénal


Notre gardien de nuit, Juvénal, a un français qui laisse parfois à désirer, ce qui ne simplifie pas les conversations. Il abandonne souvent des phrases en plein milieu car il n'est plus capable d'exprimer la fin. Quand il ne comprend pas, il répond toujours « oui », ou bien « merci ». Avec Paul, il parle anglais, allez savoir pourquoi. Qui plus est, nous ne parvenons pas toujours à établir un lien entre ses phrases, et nous ne savons pas d'où lui viennent certaines de ses idées pour le moins déroutantes. Comme la plupart des Burundais, il n'aime pas exprimer directement ce qu'il pense. Nous nous entendons très bien mais nous ne nous comprenons pas toujours. Du coup, nous avons eu ces jours-ci quelques conversations cocasses.

*

Michael rapporte des cocas à la maison, Juvénal semble loucher dessus et Michael lui en propose un. Il nous rapporte un peu plus tard la bouteille vide. « Je n'aime pas le coca. La prochaine fois, donne moi l'argent et je vais acheter des beignets ». Message reçu...

*

Juvénal arrive, une belle mangue « du jardin » à la main, et veut me l'offrir. D'une, ce n'est pas la saison des mangues. De deux, je n'ai pas vu de manguier dans le jardin. D'où vient cette mangue ? Mystère. Du coup, il l'a mangée lui-même. La seule « mangue du jardin » de l'année...

*

Juvénal cherchait depuis longtemps une chèvre pour nous. Il l'avait finalement promise pour mardi dernier, mais il est arrivé mardi après-midi les mains vides. Le soir, il vient vers moi l'air penaud et me dit d'une voix triste.

« Je suis plein de fautes. Comme les noirs. Les noirs sont pleins de fautes. J'avais promis la chèvre pour aujourd'hui mais ... »

Après cette présentation dramatique, il s'avère que le type qui devait lui vendre la chèvre l'avait planté ce jour-là. Ça l'a mis dans tous ses états et il s'est excusé encore une fois auprès de Michael... De quoi blâmer l'ensemble de la population noire ? Apparemment.

mercredi 15 février 2012

Khadja Nin

À l'instant, ma pote Emma me colle du Khadja Nin dans les oreilles, en me disant écoute bien, c'est une chanteuse burundaise. Et là on se laisse porter par ses sublimes chansons...


dimanche 22 janvier 2012

Socio & linguistique

Le Burundi a deux langues officielles, le kirundi et le français. La première est parlée par toute la population, avec des variantes locales, mais c'est une vraie langue nationale. Quant au français, seule une petite partie de la population le parle. Selon les derniers sondages, 10% de la population saurait se débrouiller en français, et seulement 3% serait vraiment bilingue. Mais même si on emploie principalement le kirundi, certaines choses se font uniquement en français, par exemple les décisions de justice ou l'enseignement dans certaines grandes écoles de la capitale... ce qui ne facilite pas la tâche aux quelques Burundais qui ont la chance d'accéder aux études supérieures. Avant d'envisager une scolarité, il faut souvent commencer par apprendre le français, ou l'anglais. Un vrai problème... qui du coup créé des emplois et des opportunités de voyage pour la prof débutante que je suis.

(Ceux qui désireraient en apprendre un peu plus sur la situation sociolinguistique au Burundi peuvent consulter le devoir en entier en cliquant ici.) En le rédigeant j'ai beaucoup appris sur ce pays en terme de langues, culture, éducation, développement, et aussi le rôle de la Francophonie.

samedi 14 janvier 2012

Lonely Planet

Comme à mon habitude, je pars dans un pays dont je ne connais rien. Pour le coup, je pense n'avoir jamais entendu parler du Burundi avant d'apprendre que j'allais y vivre neuf mois. Heureusement, ma cousine a eu la bonne idée de m'offrir pour Noël la Petit bible à l'usage des grands voyageurs, publiée par Lonely Planet, avec une double page par pays et de nombreuses photos. Voici ce qu'elle indique pour le Burundi. 

Capitale : Bujumbura
Population : 6 096 156 habitants
Superficie : 27 830 km²

Ce pays de hauts plateaux de la région des Grands Lacs, niché entre la Tanzanie, le Rwanda et la République démocratique du Congo, a souffert de longue date des conflits tribaux qui firent suite aux anciennes querelles dynastiques. Il tente aujourd'hui de sortir de la guerre civile inter-ethnique qui l'a longuement dévasté. Le Burundi va-t-il redevenir un joyau accessible ?

Quand partir ? De janvier à avril, en octobre et novembre. (Vous savez quand me rendre visite...)

À ne pas manquer

  • Le safari dans le Parc National de la Kibira, en pleine forêt tropicale, terre de prédilection des grands singes
  • Les restaurants et les bars de Bujumbura à l'ambiance survoltée, mais attention au couvre-feu
  • L'excursion sur le lac Tanganyiga, le deuxième d'Afrique par la superficie, qui baigne aussi le Congo et la Tanzanie
  • La plage des Cocotiers, qui borde le lac Tanganyika
  • Les sources du Nil, au nord du lac Tanganyika
  • La pierre de Stanley-Livingstone, qui marque l'endroit où se rencontrèrent les deux hommes - « Dr Livingstone, I presume? »

Dans le vif du sujet
  • Lire La haine n'aura pas le dernier mot : Maggy, la femme aux 10 000 enfants de Christel Martin et Lorette Nobécourt, l'auteur soulève des montagnes face au malheur et nous donne une immense leçon de vie. Une autre histoire du Burundi de Christel Martin rassemble des photographies et des textes d'un collectif d'auteurs burundais.
  • Écouter Ya... de Kadhja Nin, une grande chanteuse du Burundi
  • Voir Gito l'ingrat de Léonce Ngab, l'histoire d'un jeune étudiant burundais qui vit à Paris et décide de retourner dans son pays natal
  • Manger de la busoma, un mélange de maïs, de graines de soja et de sorgho
  • Boire de l'impeke, une bière de sorgho, couramment servie lors des réunions familiales

Mot clé 
  • Bwa (« Bonjour » en kirundi)

Signes particuliers
  • Les safaris dans la jungle ; les combats de rue fratricides ; le lac Tanganyika et les montagnes qui l'entourent ; le casque colonial des  « explorateurs » ; son surnom : le « Cœur de l'Afrique » ; l'abondance de chimpanzés et de gorilles

Le saviez-vous ?
  • Les Twas, une ethnie pygmée, conservent, à l'abri de la forêt, leur mode de vie ancestral de chasseurs-cueilleurs.

Et en photo de couverture, un énorme hippopotame qui baille !

Voilà, maintenant vous en savez autant que moi et il ne me reste plus qu'à me laisser surprendre et à découvrir une fois sur place les autres habitudes et la culture burundaise.